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Femmes et hommes: des chemins différents?

Femmes et hommes: des chemins différents?

Le premier chapitre de l’étude de littérature Genre et mobilité dresse un état des lieux sur les schémas de mobilité des femmes et des hommes. Le constat posé par les différentes recherches: le genre a un impact sur la façon dont les gens se déplacent, car les déplacements sont connexes avec la situation de travail et la répartition des rôles. Par ailleurs, les femmes rencontrent plus souvent que les hommes des obstacles pratiques et ressentent un plus grand sentiment d’insécurité lors de leurs trajets. Les frais de déplacement peuvent également poser des difficultés pour les femmes. Enfin, étant donné le manque de femmes dans les organes de décision, la participation des femmes concernant la mobilité n’est pour l’instant pas réalisée.

Schémas de mobilité genrés

Bien que l’enquête européenne Transgen [1] montre qu’il existe de grandes différences entre les femmes en fonction de leur éducation, de leur situation économique et géographique, de leur ethnicité et d’autres variables de base, on peut dire que les femmes et les hommes se déplacent différemment et pour des raisons qui ne sont pas les mêmes.

Plus de femmes que d’hommes enchaînent les déplacements. Une majorité d’hommes rejoignent leur destination directement depuis leur point de départ, alors que davantage de femmes doivent effectuer plusieurs étapes avant d’arriver à leur destination finale. Ainsi le trajet parcouru par les femmes prend souvent la forme d’un polygone et leur mobilité se caractérise par ce que les chercheur.e.s anglo-saxon.e.s ont appelé le trip chaining (enchaînement de déplacements).

Les femmes parcourent en majorité de plus courtes distances que les hommes. Elles s’éloignent moins de leur domicile, elles se déplacent davantage pendant les heures creuses que les hommes et moins que ces derniers pendant les heures d’obscurité. Une recherche menée en Écosse et en Allemagne [2] établit un lien entre ces caractéristiques de mobilité et la situation sur le marché du travail des femmes et des hommes: en effet, les femmes travaillent plus souvent à proximité de leur domicile, sont davantage employées à temps partiel et touchent pour la plupart d’entre elles, des revenus moins élevés que les hommes. Il y a donc une corrélation entre la distance parcourue et le montant du salaire.

La composition des ménages influence également les schémas de mobilité, d’après une étude néerlandaise [3]. Dans les familles avec de jeunes enfants, l’étude a pu constater que les mères ont en moyenne un rayon d’action plus petit que les pères, et qu’aussi bien les mères que les pères effectuent plus de déplacements journaliers que les personnes sans enfant.

L’enquête flamande ’Civitas mobilis’ [4] montre que les femmes et les hommes se déplacent pour les mêmes motifs: travailler, faire les courses, se détendre, pratiquer un sport, participer à des activités culturelles, etc. Cependant, il existe des inégalités de genre dans la répartition du temps consacré à ces différentes activités. Les hommes se déplacent principalement dans le cadre de leur travail et de leurs loisirs (sport, sorties culturelles...). Les femmes consacrent plus de temps que les hommes dans des déplacements utilitaires, c’est-à-dire liés à l’accompagnement d’autres personnes (conduire les enfants à l’école ou à leurs lieux d’activités extra-scolaires par ex.) et aux courses.

distances plus courtes propre voiture
à proximité du domicile rémunération plus élevée
trip chaining aller-retour
heures creuses heures de pointe
sécurité aussi durant les heures d’obscurité

Qui utilise quel moyen de transport?

Dans tous les pays de l’UE, il a été observé que les femmes recourent davantage que les hommes aux modes de transport moins gourmands en énergie et moins polluants. Ainsi les femmes ont tendance à prendre les transports publics et à se déplacer à pied. Parce que limiter la mobilité des femmes a un impact négatif sur leur carrière professionnelle, il est donc nécessaire d’investir davantage dans les moyens de déplacement choisis actuellement par les femmes pour améliorer leur émancipation et aussi pour favoriser le transport durable. [5]

Le choix du moyen de transport dépend de plusieurs facteurs: l’âge (la majorité des automobilistes ont entre 25 et 54 ans ), le lieu (les citadins utilisent moins la voiture), la composition des ménages (les ménages avec enfants (quel que soit la taille des ménages) effectuent quotidiennement des trajets en voiture), la profession (les managers sont ceux qui roulent le plus en auto, les demandeurs d’emploi le moins), le revenu (plus on gagne bien sa vie, plus on fait usage de la voiture) [6].

Pour quelles raisons n’utilise-t-on pas les transports publics?

Les femmes (et les hommes) évitent les transports en commun en raison d’obstacles dans quatre domaines: l’accessibilité, la sécurité, les tarifs et la fatigue engendrée par le trajet même. [7]

Accessiblité

Beaucoup de femmes sortent avec des enfants en bas âge et sont équipées de poussette. Elles portent aussi souvent des sacs à provisions, des cartables... Elles accompagnent également souvent des seniors. Or, les trams et les bus ne sont pas adaptés à ces besoins spécifiques: les véhicules sont encore parfois équipés de hautes marches, il n’y a pas suffisamment d’espace quand les passagers transportent des courses ou des bagages ou des poussettes pour enfant, il n’existe pas de siège pour enfants avec ceinture de sécurité, etc. En outre, les arrêts de bus ou les stations de métro sont parfois mal situés et/ou mal équipés: absence d’abri et de banc, escalier roulant manquant ou en panne, absence d’ascenseur, absence de toilette ou toilettes défectueuses ou toilettes mal aménagées (notamment pour les enfants ou pour changer les bébés) ou toilettes peu accessibles, etc.

Sécurité

Le sentiment de sécurité ou d’insécurité chez les femmes est déterminé par leur usage ou non des transports publics. Bien que les passagères des transports en commun sont plus nombreuses que les passagers, il n’en reste pas moins que plus de femmes (43%) que d’hommes (38%) invoquent des raisons de sécurité pour justifier le fait de ne pas prendre les transports publics. La présence de membres du personnel en uniforme est le facteur qui augmente le plus le sentiment de sécurité, mais d’autres éléments entrent en compte également: un bon éclairage des arrêts, un bon emplacement des automates, des zones d’informations pour les clients sûres et bien indiquées (horaires, cartes, annonces claires, etc.), des téléphones SOS dans tous les wagons, une bonne connexion avec d’autres moyens de transport (taxi, bus) pour améliorer le service porte à porte.

Tarifs

Les prix des titres de transport doivent rester abordables, certainement pour le public qui se déplace fréquemment (càd. plus de femmes que d’hommes). Les tarifs d’abonnement sont avant tout calculés pour les bourses des travailleurs à temps plein mais restent élevés pour les travailleurs à temps partiel (càd. une majorité de femmes). Les frais de transport basés sur des voyages individuels peuvent représenter un frein financier pour les femmes en réinsertion sur le marché du travail. Les chemins de fer proposent différentes tarifications selon la situation des personnes. À ce titre, il serait intéressant de voir quelle est la tarification la plus utilisée par les femmes et celle la plus utilisée par les hommes.

Trajets

En général, les femmes sont les plus grands utilisatrices de transports en commun et leurs trajets sont le plus compliqués. Ils exigent souvent des correspondances et sont aussi intermodaux. Par conséquent, la mise à disposition d’informations fiables et accessibles dans différents formats et langues sur les heures de passage, la fréquence, l’itinéraire, les correspondances, la sécurité, etc. est primordiale.

Où sont les femmes dans le secteur du transport?

Le secteur du transport reste un bastion masculin [8]. La plupart des organes de gestion comporte moins de 15% de femmes et aucun conseil d’administration n’a atteint la parité. Dans l’Union européenne, les différentes commissions, conseils consultatifs, groupes de travail... dans le domaine du transport sont dominés par les hommes et la situation est identique au niveau national. En France, le mouvement des femmes fait pression sur le secteur pour que plus de femmes soient engagées, notamment pour pouvoir répondre aux besoins des usagères. Aujourd’hui, à peine 25% de femmes occupent un poste décisionnel dans le transport. La Suède est le seul pays avec une représentation égale des femmes et des hommes dans la Commission nationale de Transport.
Il reste donc du pain sur la planche... ‼

Pour plus d’informations :

Pour toute question complémentaire, veuillez contacter Inge Van der Stighelen, 02 229 38 02, I.VanderStighelen@amazone.be.


Cette étude représente une partie d’un projet aux multiples facettes sur lequel l’association Amazone s’est affairée depuis près de deux ans. La réalisation de celui-ci s’est déroulée selon différentes phases : une mission d’information générale avec l’élaboration de deux études de littérature par le Centre de Documentation sur la Politique de Genre d’Amazone. Ces deux recherches alimentent la tenue d’une table-ronde et de groupes focus sur les mêmes sujets mais à une échelle plus spécifique, celle de la commune de Saint-Josse-ten-Noode. A cette partie interactive du projet vient se greffer une composante artistique et symbolique avec la création de quatre portraits d’habitantes de Saint-Josse-ten-Noode. Ce sont ces mêmes œuvres d’art qui, à partir du 8 septembre 2015, occupent une place d’honneur dans la station de métro Madou.

[1] Transgen: gender mainstreaming European transport research and policies: building the knowledge base and mapping good practices / Hilda Rømer Christensen... [et al.]. - Copenhagen: University of Copenhagen, 2007. - 146 p.

[2] Gender and mobility: new approaches for informing sustainability / Susan Hanson, in: Gender, place & culture: a journal of feminist geography, vol.17,(2010),n°1, p. 5-23.
Gender equality initiatives in transportation policy: a review of the literature / Yael Hasson and Marianna Polevoy. - [S.l.]: Heinrich Böll Stiftung, 2011. - 15 p.

[3] Gezinnen onderweg: dagelijkse mobiliteit van ouders van jonge kinderen in het combineren van werk en gezin / Marjolijn van der Klis (red.). – Den Haag: Sociaal en Cultureel Planbureau, 2013. – 92 p.

[4] Civitas mobilis: gender issues final report / Annemie Van Uytven. – [Leuven]: Civitas mobilis, 2009. - 31 p.

[5] GenderSTE, http://www.genderste.eu/.

[6] Future of transport: analytical report/ European Commission. - Brussels: European Commission, 2011. - 67 p. – (Eurobarometer; 312). – 67 p.

[7] Where Do Women Feature in Public Transport? / Sharon Hanlon - (Women’s Travel Issues: Proceedings from the Second National Conference; Chapter 34, p. 649 – 662).

[8] Transgen: gender mainstreaming European transport research and policies: building the knowledge base and mapping good practices / Hilda Rømer Christensen... [et al.]. - Copenhagen: University of Copenhagen, 2007. - 146 p.


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