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Sécurité des femmes et (ré)aménagement de l’espace public

7. Sécurité des femmes et (ré)aménagement de l'espace public

Suite à la publication de son rapport exploratoire sur le genre et les espaces publics, le Centre de Documentation sur la Politique de Genre d’Amazone vous propose, tous les mois, un focus sur l’un des différents aspects traités.

À Toronto (Canada), la mobilisation des femmes a permis d’apporter un type de réponse inédit au problème d’insécurité des femmes et des filles en ville en conjuguant action citoyenne et action politique selon une démarche d’empowerment [1]

En 1982, suite à une série de fémicides avec viol dans l’espace public de Toronto, un collectif de femmes se forme, le Toronto Pink Ribbon Committee et appelle vigoureusement les autorités à l’action. Le travail du comité aboutira à des collaborations à grande échelle avec le Métro de Toronto et le Conseil des commissaires de la police métropolitaine de Toronto pour lutter contre la violence publique à l’égard des femmes et des enfants.

Pour pérenniser les actions de lutte contre la violence, le Conseil d’administration du métro de Toronto désigne un organe, le Metropolitan Action Committee on Violence against Women and Girls (Metrac).

Metrac met rapidement en place des collaborations avec les acteurs pertinents pour le domaine : les associations qui combattent la violence envers les femmes, le métro de Toronto, les urbanistes, les autorités locale, les communautés… Ses efforts portent leurs fruits : des initiatives sont lancées pour une approche globale du phénomène et des méthodes et des outils (y compris des applications et jeux vidéo) sont développés pour lutter contre la violence publique et améliorer la sécurité des espaces publics et des transports de Toronto.

Aujourd’hui, les activités du METRAC sont nombreuses (actions de sensibilisation et d’information, paquets de formations, service de consultance, développement d’outils et de ressources) et concernent plusieurs domaines : la prévention et la promotion de la sécurité auprès des communautés (comme les campus par ex.) et les autorités, l’accès à la justice pour les victimes de violence, le travail avec les jeunes et les professionnels de la jeunesse, la promotion de l’équité et de l’inclusion.

Women’s Safety Audit : diagnostiquer l’insécurité

METRAC fait véritablement office de pionnière dans la lutte contre la violence publique envers les femmes et les filles. En 1989, METRAC développe et lance le Women’s Safety Audit Process (procédé d’examen de la sécurité des femmes, si on traduit littéralement).
C’est un instrument de diagnostic qui permet d’identifier les points anxiogènes dans un environnement et qui donc nécessitent des changements. Cette méthode a très vite rencontré le succès. Elle a inspiré d’autres municipalités canadiennes. À Montréal par exemple, le programme Femmes et Ville a conçu une méthode calquée sur celle de Toronto, « Guide d’enquête sur la sécurité des femmes en ville », qui a contribué à la diffusion du modèle de Women’s Safety Audit dans le monde francophone. UN-Habitat et UN-Women consacrèrent l’outil comme bonne pratique et le propagèrent dans les pays en voie de développement, notamment en Inde.

Coup d’œil sur le Women’s Safety Audit

3 principes guident l’examen de sécurité :

1. Self-empowerment : les femmes sont les expertes de leur propre environnement et de leur propre sécurité ;
2. Démarche empirique : L’examen de sécurité Safety encourage des solutions spécifiques au lieu et au contexte ;
3. Partenariat et participation politique : l’examen de sécurité promeut le travail en partenariat et l’élaboration de solutions communes entre les femmes et les autorités locales.

La méthode utilisée au cœur de l’examen de sécurité a été appelée en français, « marche exploratoire ». C’est une méthode qui peut être utilisée pour remédier à d’autres problèmes relatifs à l’environnement urbain, comme l’accessibilité des personnes handicapées, l’accessibilité des enfants, etc.

Il s’agit de mobiliser un groupe de personnes (ici des femmes en l’occurrence), du quartier qu’on veut examiner et de le passer à la loupe. METRAC a élaboré pour cette fin une longue check-list d’évaluation. Il s’agit de répondre à une série de questions structurées selon 6 grandes conditions à réunir pour un espace sûr, que vous découvrirez dans le rapport (voir p. 64).

Les points positifs de la méthode reposent sur la démarche d’empowerment des femmes du quartier qui les rend actrices à part entière de leur environnement et de leur sécurité.
L’exploration des lieux leur permet de se les approprier pleinement, l’audit leur donne confiance en leurs capacités critiques et leurs capacités à élaborer des solutions. La méthode permet de créer ou de renforcer des liens sociaux avec un ensemble d’acteurs et d’actrices du quartier et de la municipalité et d’exercer la citoyenneté des habitant.e.s à travers leur participation au dialogue avec les autorités locales.

Belgique: focus sur Garance asbl
La méthode du Women’s Safety Audit a été entre autres une source d’inspiration pour le travail Garance asbl. Cette association combat la violence faite aux femmes et aux filles par des cours d’autodéfense féministe et de défense verbale. Garance mène également une réflexion globale sur la sécurité dans l’espace public et en dégage une praxis. Dans ce cadre, l’association a développé une expertise en marche exploratoire pour la sécurité des femmes en ville.

Voir la brochue de Garance: Espace public, genre et sentiment d’insécurité (2012), outil pratique destiné aux élu.e.s et aux professionnel.le.s de l’urbanisme, de la mobilité et de l’aménagement du territoire. Un incontournable, nous ne vous le répéterons jamais assez!
Cliquez sur l’image pour télécharger la brochure.

Pour en savoir plus :

Pour toute question complémentaire, veuillez contacter Virginie Tumelaire, 02 229 38 30, v.tumelaire@amazone.be.

[1] Par empowerment, nous entendons: « "processus sociopolitique", articulant l’acquisition d’une conscience de soi , d’une estime de soi, d’une conscience critique et le développement des capacités individuelles avec l’engagement, la mobilisation et l’action collective pour une transformation sociale. » (Bacqué, M.-H., Biewener, C. (2013). L’empowerment, une pratique émancipatrice?. Paris, La Découverte, p. 54.


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