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Construire des ponts entre les gender studies et le mouvement des femmes

Amazone prends son rôle de "carrefour de l’égalité de genre" très à cœur. C’est pourquoi, nous souhaitons construire des ponts entre les théoricien.ne.s et le mouvement des femmes. Dans cette rubrique, nous rassemblerons des articles qui donnent un aperçu des analyses actuelles.

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« Le radicalisme revigoré ? Le communisme et la fin de la mélancolie de gauche »

Dans un article publié en novembre 2014 dans la revue Contemporary Political Theory, Jonathan Dean, Professeur à l’Université de Leeds, étudie les tendances du nouveau communisme et la rupture avec la mélancolie de gauche. Depuis 2008 se produisent en effet des mouvements de protestation de masse, qui pourraient être considérés comme une forme de renouveau de la gauche.

La mélancolie de gauche désigne la tendance à s’attacher davantage à un idéal politique particulier qu’à saisir la possibilité d’un changement radical pour le présent. Les « politiques d’identité » auraient déplacé le point focal traditionnellement dirigé sur la classe, vers les luttes autour du genre, de la race ou de la sexualité, ce qui aurait engendré une crise et une perte de focus, voire une paralysie.

Dean décrit le renouveau du communisme, qui vise à donner corps à un appétit renouvelé pour une politique émancipatrice radicale. Sur cette toile de fond, le « nouveau communisme » déplacerait le focus présumé de la gauche pour les politiques d’identité et le multiculturalisme, restaurant ainsi le radicalisme et l’authenticité de la gauche académique.

Mais l’auteur estime que les nouveaux communistes ne distinguent pas suffisamment entre : d’une part, des formes particulières de politiques, qui font émerger certains problèmes comme l’essentialisation et la sclérose sur des identités ; et d’autre part, le féminisme, et les politiques de lutte contre le racisme et l’hétérosexisme per se. Selon lui, le nouveau communisme doit être considéré moins comme la restauration d’un authentique radicalisme de gauche et davantage comme l’expression de hiérarchies et d’exclusions au sein de la gauche académique. Le discours des nouveaux communistes contribue, intentionnellement ou non, à faire du genre, de l’ethnie et de la sexualité des questions marginales, en niant le caractère potentiellement radical de théories visant à établir l’ethnie, le genre et la sexualité comme des lieux de pouvoir, d’inégalité et de régulation. Ceci pourrait perpétuer des exclusions, ce qui souligne la tendance des académiques à se faire les complices du maintien de structures de pouvoir et de privilèges.

En revanche, pour les féministes et les post-marxistes, c’est le refus ou l’échec de prêter attention à d’autres catégories que la classe qui engendre le manque de radicalisme et d’efficacité. La politique d’émancipation radicale n’a plus de connexion a priori avec un lieu (comme l’usine), un sujet (la distribution des richesses matérielles) ou les axes d’antagonisme (comme entre le travailleur et le capitaliste) . A la différence des nouveaux communistes, les néo-gramscistes et post-marxistes intègrent les questions relatives au genre, à la race et à la sexualité au cœur de leur analyse théorique. Leur vision appelle à rejeter la tendance à opposer anti-capitalisme d’une part, et féminisme, politique queer et anti-racisme d’autre part. Ils suggèrent que la disparition de la tendance à la mélancolie est urgente et nécessaire, à la condition qu’elle n’entraîne pas précisément le rétablissement de hiérarchies politiques que des théoriciens critiques devraient, en principe, chercher à remettre en cause.

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