“Ces enfants-là” avec Virginie Jortay

« Ce premier roman raconte une enfance piétinée dans un milieu qui se disait « libéré »

Les premiers romans sont souvent écrits avec les tripes. Ces enfants-là ne fait pas exception. Dans ce « récit-mémoire », Virginie Jortay revient sur une famille qui se disait « sans tabou » mais était en réalité d’une lourdeur insoutenable, déplacée et abusive.

Difficile de ne pas penser à Camille Kouchner et La familia grande en lisant Ces enfants-là de Virginie Jortay. Même époque (les adultes se veulent « libérés »), mêmes remontrances (« De quoi te plains-tu ? ») et surtout même nécessité de briser le silence, de regarder le passé droit dans les yeux et de nommer les choses par leur nom : de l’inceste, un viol.

Les conditions de l’abus

Pour autant, le premier roman de Virginie Jortay n’est certainement pas une redite. Dans Ces enfants-là, elle décrit, avec une patience et un courage infinis, une histoire très personnelle, singulière et spécifique. Celle d’une enfant, puis d’une jeune fille, qu’on prive de son corps, de sa personnalité, pour en faire « l’objet de ». Elle démontre, à force de souvenirs, les conditions de l’abus. Ce qui le rend possible. Comment c’est dans les détails, aux alentours, qu’on normalise la perte de soi.

« Raconter à partir de soi n’est pas soi, et encore moins une vérité, explique l’autrice. C’est une façon d’agencer. J’ai cherché le rythme et la respiration des phrases, pour traduire la tension mais aussi lâcher les soupapes. Construire ce roman, comme parler de ce qui ne s’énonce pas – ou alors difficilement; il renverra écho – je l’espère – à des lecteurs en manque de reflet. »

Car si l’aspect autobiographique n’est pas nié, c’est bien d’une œuvre littéraire dont il est question ici. Virginie Jortay, après avoir réalisé de nombreux spectacles de théâtre et dirigé l’Ecole supérieure des arts du cirque de Bruxelles, dissèque a posteriori les mécanismes du contrôle, mais aussi les stratégies de survie. Un livre fort, dont elle conversera avec Adrienne Nizet. »