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Revendications au sujet de l’EMPLOI

Un emploi, c’est la première clé pour sortir de la dépendance et renforcer estime de soi et bien-être. Toutes les femmes rencontrées dans le cadre de ce projet considèrent la recherche d’un emploi comme la priorité pour sortir de la précarité.

« Aller travailler, c’est mieux que de traîner au marché ou dans les magasins de la chaussée de Gand où on finit par dépenser encore plus d’argent ! » (Fatima, Caleidoscoop)

« Sans travail, on ne peut plus avoir d’ambition, de rêve, espérer construire quelque chose. Or, quand on quitte son pays, cela signifie qu’on a de fortes attentes à ce niveau-là, qu’on espère pouvoir améliorer sa vie. » (Khadija, Caleidoscoop)

« Avoir du travail, c’est très important pour se sentir indépendante et libre en tant que femme. C’est bien pour les finances mais aussi pour le développement de la personnalité, avoir une structure dans sa vie, être respectée. C’est un droit. » (Zohra, Caleidoscoop)

« Ne pas travailler rend dépendante. Travailler c’est être libre et aussi épanouie. Ça permet de sortir de chez soi, de rencontrer des gens, de faire autre chose que le ménage. » (Kahdija, Maison Mosaïque de Laeken)

« Ne pas avoir de travail, vivre dans la pauvreté peut amener de la violence à la maison, de la part du mari et de la délinquance chez les enfants. » (Bouchra, Maison Mosaïque de Laeken)

1. MANQUE DE CONNAISSANCE ET DE MAITRISE DES LANGUES

Constat

L’apprentissage d’une des deux langues du pays est considéré comme une priorité par la plupart des femmes rencontrées. Elles savent que c’est l’outil indispensable pour trouver un emploi. Une connaissance courante de base ne suffit souvent pas à trouver un emploi ; il faut aussi maîtriser la lecture et l’écriture pour postuler, même lorsque ce n’est pas réellement nécessaire pour la fonction proposée ou visée. Le manque de places dans les cours d’alphabétisation reste toutefois le problème principal auquel sont confrontées les associations de terrain. A cela s’ajoute le problème du bilinguisme, exigé pour presque tous les emplois même lorsque très concrètement cela ne s’avère pas nécessaire.

« Le français, c’est important pour trouver du travail, mais pas seulement. C’est aussi nécessaire pour se débrouiller dans la vie, consulter le docteur, l’école des enfants,… » (Fatima, Caleidoscoop)

Revendications issues des ateliers

- L’augmentation des moyens investis par les pouvoirs publics dans les cours d’alphabétisation, avec une meilleure coordination des différents niveaux de pouvoir compétents dans ce domaine et des actions à mener aussi au niveau des communes
- L’aménagement des horaires des cours d’alphabétisation pour les rendre plus accessibles aux mères et la diminution des coûts d’inscription

2. MANQUE D’INFORMATION

Constat

De très nombreuses femmes issues de l’immigration ne connaissent pas leurs droits et plus particulièrement les différentes aides proposées pour faciliter leur parcours d’insertion socio-professionnelle. Elles trouvent par exemple difficilement les informations relatives au soutien à la création d’entreprise. On constate de manière globale un manque cruel d’information. Elles ne savent où aller ni vers qui s’orienter.

Revendications issues des ateliers

- L’amélioration de l’accueil des nouveaux arrivants pour les orienter et les guider en tenant compte de leur parcours personnel
- La centralisation de l’information (exemple : l’offre des services des différentes structures d’accueil) et des moyens permettant de la faire parvenir de façon systématique à chaque personne d’origine étrangère
- Des campagnes de sensibilisation en direction des personnes issues de l’immigration visant à mieux faire connaître les droits des personnes d’origine étrangère ainsi que les possibilités d’accès aux formations qui visent le décrochage d’un emploi

3. PROBLEMES LIES A LA FORMATION

Constat

Principaux constats dans le domaine de la formation :

- des difficultés pour accéder à une formation donnée en cours du jour (quand les enfants sont à l’école) ;
- les formations à l’emploi sont la plupart du temps dirigées vers des métiers techniques ou de la sphère des soins, sans que cela corresponde forcément aux compétences et aux attentes des personnes ;
- certaines formations proposées pour l’insertion professionnelle sont réservées aux femmes chômeuses, ce qui renforce le cercle de la précarité ;
- les femmes issues de l’immigration ayant un diplôme d’études supérieures sont arbitrairement réorientées vers des métiers qui ne sont pas en lien avec leur formation (ex. on propose plus facilement à une femme médecin qu’à un homme médecin de se recycler comme aide-ménagère ou aide-soignante) ;
- la non reconnaissance de l’expertise et des compétences (notamment via les diplômes et les formations) acquises à l’étranger reste un problème majeur.

« Les femmes qui n‘ont jamais travaillé se voient reprocher leur manque d’expérience professionnelle quand elles veulent trouver un emploi, mais comment peuvent-elles gagner de l’expérience si elles sont toujours refusées ? On leur reproche de ne pas avoir de diplôme sans s’interroger sur les compétences, l’expérience réelle qu’elles peuvent avoir dans un domaine. Par contre, celles qui ont beaucoup de diplômes et d’expérience se voient aussi souvent proposer ou sont contraintes d’accepter des boulots en-deçà de leurs qualifications, et qui ne correspondent pas à leurs aspirations. » (Aïcha, Cactus)

« On nous dit qu’il faut des diplômes, mais même avec des diplômes, on n’est pas certain de trouver un travail. Du coup, on voit beaucoup de jeunes, surtout des garçons, baisser les bras et abandonner les études. » (Fatima, Caleidoscoop)

« Il y a un problème d’enseignement à la base. On ne peut plus choisir de mettre ses enfants dans les écoles qu’on veut. Les profs n’ont plus le cœur à enseigner. » (Aziza, Cactus)

Revendications issues des ateliers

- L’augmentation de l’offre de formations spécifiques pour l’apprentissage d’un métier, accessibles financièrement et à des horaires qui permettent aux mères de les suivre
- La reconnaissance des compétences et de l’expérience acquise dans des activités économiques exercées par les femmes dans leurs pays d’origine, notamment en facilitant l’équivalence des diplômes et des titres d’études supérieures
- La création d’un fonds de formation permettant d’offrir un appui solide aux femmes qui veulent se lancer dans l’entreprenariat
- Des mesures permettant un accompagnement des femmes issues de l’immigration à toutes les étapes du processus de recherche d’emploi, depuis la formation jusqu’à l’insertion professionnelle, en tenant compte des capacités ET des attentes de la personne
- Des campagnes de sensibilisation en direction du personnel d’accompagnement des formations qualifiantes et des employeurs sur les stéréotypes sexistes dans l’accès à la formation et à l’emploi
- La prise en compte des heures de formation comme partie de l’expérience professionnelle
- Une aide spécifique aux femmes qui combinent travail et études/formation pour faciliter leur insertion dans le marché de travail

4. MANQUE D’OFFRE D’EMPLOI ET AUGMENTATION DES EMPLOIS PRECAIRES

Constat

Certaines femmes sont inscrites depuis des années chez Actiris mais n’ont jamais trouvé d’emploi malgré leur motivation à travailler. Elles finissent par se décourager. Pour un seul emploi, la concurrence est grande et les exigences importantes (diplômes, expérience, etc), sans qu’il soit tenu compte des compétences réelles des personnes ni de leur motivation. La plupart des emplois proposés aux femmes issues de l’immigration sont extrêmement précaires (temps partiel, emplois sous-qualifiés, etc) et ne correspondent souvent pas à leurs aspirations. Conséquence principale : les femmes se réfugient massivement dans le travail en noir. La plupart des difficultés et discriminations rencontrées par les femmes migrantes existent aussi chez les jeunes femmes nées en Belgique et qui maîtrisent la langue.

« Ils proposent des boulots qui sont toujours dans le même créneau professionnel, comme l’ horeca, et ce n’est pas possible de changer d’orientation si on le veut. » (Aziza, Cactus)

« Il y a de plus en plus d’emplois précaires, surtout en intérim. L’employée est à la merci des conditions imposées par l’employeur (être disponible n’importe quand, être mère célibataire, accepter un salaire ridicule, etc) sinon licenciement ! De toute façon, il y a tant d’autres qui attendent et il y en aura toujours un qui sera prêt à accepter. Il y a trop de demandes et pas assez d’offres. On régresse ! » (Gulbahar, Cactus)

« Le marché de l’emploi en Belgique a changé. Il y a 40 ans, on invitait les personnes d’origine étrangère à aller travailler dans les usines, les marchés,… maintenant, ce n’est plus cas. Même leurs enfants nés en Belgique ne trouvent pas de travail. Il n’y a plus de travail pour nous. » (Fatima, Caleidoscoop)

« J’ai été femme au foyer, j’ai élevé mes enfants, j’ai soigné mon mari qui a travaillé, soigné mes enfants qui sont des enfants belges, j’ai été présente auprès d’eux pour qu’ils travaillent bien à l’école, pour qu’ils ne tournent pas mal. Maintenant qu’ils sont plus grands, je suis trop vieille. A partir d’un certain âge, les emplois, on n’en trouve plus. Je n’aurai pas de pension. Et si un jour, je me retrouve seule ? Comment je vais faire ? » (Farah, Maison mosaïque de Laeken)

Revendications issues des ateliers

- Des mesures législatives pour protéger davantage les travailleuses contre la précarité de l’emploi
- Des mesures de mise à l’emploi des femmes spécifiquement orientées vers une amélioration de la connaissance des langues
- Le soutien d’initiatives et de mesures ponctuelles de mise à l’emploi permettant aux femmes d’acquérir une expérience professionnelle qu’elles pourront valoriser par la suite pour la recherche d’un emploi dans le circuit classique
- La prise en compte par les autorités et les institutions publiques de la situation et des besoins spécifiques des femmes issues de l’immigration ainsi que de leurs compétences dans les politiques de création et de distribution de l’emploi
- Le soutien d’initiatives de stages en entreprises durant le cursus scolaire avec une attention particulière pour les difficultés rencontrées par les personnes issues de l’immigration

5. MANQUE DE PLACES DANS LES STRUCTURES D’ACCUEIL DE LA PETITE ENFANCE

Constat

La prise en charge des enfants reste un frein majeur dans l’accès à la formation et la recherche d’un emploi. Vu le manque criant de places dans les structures d’accueil, la priorité est presque toujours donnée aux parents qui travaillent, laissant de côté les femmes qui voudraient suivre une formation. Le coût est en outre souvent trop important pour les personnes à faibles revenus. Souvent, les mères se retrouvent face à un dilemme : travail ou éducation des enfants. La plupart choisissent de rester à la maison, souvent à contrecœur, avec des répercussions importantes sur leur parcours professionnel (déclassement, ne sont plus à la page, impact sur la pension, etc).

« J’ai un diplôme, je voudrais travailler, mais je ne trouve pas de crèche pour mon enfant , c’est aussi simple que ça. » (Ouria, Maison Mosaïque)

Revendications issues des ateliers

- L’augmentation du nombre de places dans les structures publiques d’accueil de la petite enfance, avec une attention particulière pour la souplesse des horaires, une réflexion sur les distances entre le lieu de travail et la crèche et des critères d’attribution permettant de répondre aux besoins des femmes en formation ou en recherche d’emploi
- Un élargissement des horaires de garderie dans les écoles et une diminution des coûts de garderie
- Le soutien par les autorités publiques à la création de crèches dans les entreprises
- Des mesures (crédit-temps, congés parentaux, etc) visant à faciliter la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle (sans perte au niveau des pensions), inspirées notamment des pays nordiques

6. PIEGES A L’EMPLOI

Constat

Trouver un emploi, c’est bien, mais ça ne suffit pas toujours pour sortir de la précarité. Le trop faible écart entre le chômage octroyé à des chefs de famille (+/- 1100€) et le salaire de base (1200-1300€) et l’augmentation constante des biens de première nécessité (se loger dignement, se chauffer, se nourrir et se soigner) découragent beaucoup de personnes à chercher un emploi. Pour s’en sortir, ou pour vivre mieux, beaucoup n’hésitent pas à cumuler allocations de chômage et travail au noir et/ou à tricher sur la composition de ménage.

« Je connais des femmes qui n’ont pas envie de travailler, pas parce qu’elles n’aiment pas, mais parce qu’en tant que chef de ménage, elles touchent plus de 1100 € au chômage. Si elles travaillent, elles auront à peine plus de 200€ en plus par mois. Et en plus, elles devront faire garder les enfants, trouver des stages pour les vacances, des garderies, payer des frais de déplacement et vestimentaires, se faire aider par une femme de ménage, etc. Elles vont perdre de l’argent ! Si elles étaient sûres de faire l’effort pour 500 ou 600 € en plus, elles iraient sans problème. Mais elles vivent mieux en restant au chômage et en travaillant en black à côté. Leur pension, elles n’y pensent pas ! Ce qui compte, c’est le maintenant. Survivre maintenant. Au jour le jour. » (Nadia, cactus)

« Avoir un emploi, c’est bien, mais ça ne suffit pas ! Si on travaille, on reçoit quoi , 1200, 1300 € nets ? Mais quand on a payé un loyer de 700 ou 800 €, le gaz et l’électricité, il nous reste quoi pour vivre ? » (Murcia, Maison Mosaïque de Laeken)

Revendications issues des ateliers

- L’augmentation du niveau du salaire minimum de base

7. DISCRIMINATIONS LIEES AUX STEREOTYPES DE GENRE ET DISCRIMINATIONS MULTIPLES

Constat

Les stéréotypes de genre ont encore la vie dure, telle l’idée selon laquelle les femmes doivent plus que les hommes prendre en charge tout ce qui touche aux soins et donc être orientées vers les métiers d’aide aux personnes ou en lien avec la sphère domestique ou encore la croyance selon laquelle une femme s’absentera plus souvent de son travail qu’un homme (congé pour être auprès d’un enfant malade, grossesse, etc), qui pousse les employeurs à engager plus volontiers des hommes. Lorsque ces stéréotypes de genre viennent se frotter aux stéréotypes culturels ou à d’autres formes de discrimination, les femmes perdent sur tous les fronts. Dans le cas des femmes issues de l’immigration, plus touchées que les autres par les difficultés rencontrées dans la recherche d’un emploi pour les diverses raisons évoquées plus haut, ces stéréotypes pèsent particulièrement lourd.

« Il y a des métiers qui sont plus considérés comme des métiers d’homme. Il faut être courageuse pour entreprendre ces métiers à cause des mentalités, de la pression sociale. » (Fatima, Caleidoscoop)

« Les femmes sont discriminées pour de nombreuses raisons sur le marché de l’emploi (ex. salaire inégal pour la même fonction) mais aussi tout d’abord parce qu’elles doivent mener trois boulots à la fois : à la maison avec les enfants, avec le mari et en dehors du foyer. Comment mener tout ça de front ? » (Aïcha, Caleidoscoop)

« Les hommes gagnent souvent mieux leur vie que nous, surtout dans le privé. Les hommes se vendent mieux que les femmes qui travaillent avec plus de modestie et de discrétion. » (Najat, Dar el-Ward)

« Je ne comprends pas la demande de photos sur le cv. Parce que si on voit que je porte un voile - et c’est aussi le cas pour les personnes jugées laides, trop âgées, grosses – je n’ai pas l’emploi. On juge sur le physique et des détails physiques plutôt que sur les compétences ! » (Faouzia, Cactus)

« Je suis licenciée, j’ai fait mes études universitaires en Belgique, et pourtant je ne trouve pas d’emploi, parce que je porte le voile. » (Rebeca, Darna)

« Il est difficile de trouver un emploi quand on se présente avec un voile ou simplement quand on donne son nom à consonance étrangère ou parfois juste son prénom, car il y a encore beaucoup de préjugés et d’attitudes racistes. » (Asia, Cactus)

« Les femmes handicapées sont trois fois plus discriminées que les autres. » (Agnès, Maison Mosaïque de Laeken)

Revendications issues des ateliers

- Des mesures contre les employeurs qui exigent des CV avec photo
- La mise en place obligatoire au sein des entreprises de systèmes d’évaluation des compétences basés sur des critères objectifs ne permettant pas de prendre en compte des facteurs physiques
- Le soutien d’initiatives permettant aux femmes d’apprendre à valoriser leurs compétences et leur savoir-faire
- Une meilleure prise en compte par les autorités publiques des discriminations croisées vécues par les femmes issues de l’immigration
- Le soutien d’initiatives agissant sur le changement des mentalités dès la petite enfance, à travers l’éducation et l’enseignement (ex. remplacement du cours de religion par un cours de philosophie et d’éducation citoyenne qui intégrerait la dimension « genre » et ce, dès la primaire)
- Des campagnes de sensibilisation à destination des femmes pour les diriger aussi vers les formations et les filières d’emploi dites ‘masculines’
- La mise en place de quotas pour les fonctions où les femmes sont systématiquement minoritaires