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Revendications au sujet de la MOBILITE

Les femmes et les hommes se déplacent différemment dans la ville et bien souvent pour des raisons différentes. Ce constat, qui ressort des discussions menées lors des ateliers réalisés dans le cadre de ce projet, est partagé par l’ensemble des groupes et experts qui se sont penchés sur l’analyse des comportements et des besoins des individus en matière de mobilité. La plupart des femmes rencontrées ne possèdent pas de voitures, et quand le ménage en détient une, c’est souvent le mari qui l’utilise. Si les hommes se déplacent pour se rendre au lieu de travail exclusivement, la majorité des femmes rencontrées (dont peu ont un emploi rémunéré) le font pour de toutes autres raisons : accompagner les enfants à l’école, chez les médecins, faire les courses pour toute la famille, etc. Malgré elles, elles forment une catégorie particulière de personnes à mobilité réduite.

1. POLITIQUE DE MOBILITE AUTOMOBILE NON GENREE

Constat

Lorsqu’elles y ont accès, les femmes, parce qu’elles se déplacent principalement pour des raisons familiales (transport des enfants, courses, etc), sont généralement « chargées » (sacs de courses, poussettes, cartables, enfants en bas âge, etc) et combinent plusieurs déplacements successifs (crèche, école, lieu de travail, médecin, magasins, etc), ont tendance à privilégier la voiture comme moyen de locomotion. Et si elles comprennent l’intérêt collectif et environnemental d’une politique publique visant à favoriser l’utilisation des transports en commun, elles déplorent que cela soit fait au détriment systématique ou sans tenir compte des personnes qui « ne peuvent vraiment pas faire autrement » : manque croissant de places de stationnement à Bruxelles (en particulier près du domicile), rétrécissement et diminution des voies de circulation des voitures provoquant une augmentation des embouteillages… autant d’éléments qui ont pour principale conséquence l’augmentation du stress et une perte considérable de temps pour celles qui assument déjà bien souvent une double ou une triple journée de travail.

Revendication issue des ateliers

- Une participation des femmes à la politique bruxelloise de mobilité automobile, avec pour objectif une meilleure prise en compte de leurs besoins et la priorité de stationnement et de mobilité automobile aux personnes à mobilité réduite (mères ou pères accompagnés d’enfants, de personnes handicapées ou âgées, chargés d’objets encombrants, etc).

2. LIMITES DES TRANSPORTS EN COMMUN

Constat

Toutes les femmes ne possèdent pas de voiture ou de permis de conduire, surtout celles issues de classes sociales défavorisées et/ou de l’immigration. Elles sont donc contraintes d’utiliser exclusivement les transports en commun, où elles rencontrent, comme pour celles qui utilisent la voiture, des problèmes de conciliation entre déplacements et charges familiales. Puisqu’elles continuent plus que les hommes d’accompagner les plus petits à l’école, aux activités extrascolaires, chez le médecin, prennent en charges les courses et les autres aspects de la vie familiale, les femmes sont les garantes de la gestion du temps. Lorsqu’il faut jongler entre ces différents aspects de l’organisation de la vie et les contraintes liées aux déplacements par transports en commun, les choses se compliquent encore un peu plus. Toutes ont souligné des temps d’arrêts trop courts qui ne laissent pas le temps aux mamans de monter et descendre avec leurs enfants (dont des petits à surveiller étroitement), leurs landaus, leurs courses, etc ; mais aussi l’étroitesse des portes des trams qui ne permet pas le passage de certaines poussettes.

« Un jour, j’étais dans le bus avec ma petite fille de 3 ans et mon bébé dans sa poussette. A l’arrêt, je suis descendue avec le bébé et mes courses. Et puis, le chauffeur a fermé ses portes et redémarré avec ma fille. J’étais paniquée. Heureusement, une dame dans le bus, m’a fait comprendre qu’elle allait me la ramener. » (Malika, Maison Mosaîque de Laeken)

Elles ont aussi mentionné le manque de place et la difficulté d’accès aux moyens de transports publics pour les personnes à mobilité réduite aux heures de pointes, ainsi que le manque d’empathie de la part des autres usagers et de certains chauffeurs de bus ou tram qui n’hésitent à afficher leur impatience.

« Quand on prend le métro ou le bus aux heures de pointe avec nos poussettes, parce qu’on travaille ou qu’on va conduire les enfants à l’école, on se fait insulter et se frayer un passage relève du parcours du combattant. Finalement, beaucoup de gens finissent par acheter une voiture quand ils ont des enfants et puis après, ils ne reviennent plus aux transports en communs ». (Lamya, Schaerbeek)

Revendications issues des ateliers

- Augmentation les temps d’arrêt des transports pour que toutes les personnes aient le temps de monter et descendre en toute sécurité lorsqu’elles sont chargées, âgées ou handicapées
- Engagement de stewards et d’hôtesses pour venir en aide aux personnes handicapés, aux personnes âgées, aux mamans avec poussette qui utilisent les transports en commun (monter ou descendre les escaliers, se frayer un passage dans la foule, encourager la courtoisie des transporteurs et utilisateurs)
- Des campagnes de sensibilisation pour encourager les usagers au civisme et à la courtoise dans les transports
- Aménagement de la fréquence et des horaires des moyens de transport mais aussi de l’infrastructure (espace réservé aux mamans, cyclistes, personnes handicapées) en tenant compte de l’avis des personnes à mobilité réduite

3. QUALITÉ MÉDIOCRE DES TRANSPORTS

Constat

A l’unanimité, les femmes rencontrées ont décrié l’attente parfois très longue avant de prendre un transport (en particulier pour les bus et les trams), le manque d’abris corrects et spacieux contre les intempéries et les multiples changements dans la configuration de certaines lignes. « Il faudrait plus de métros dans certaines communes (comme Evere qui est très mal desservie), mais pas des bus, ni des trams car ils sont lents, souvent en retard. On doit souvent attendre dans le froid et sous la pluie et le vent. Parfois avec de très jeunes enfants, des bébés, nos courses. Alors que dans les métros, on est l’abri et il y en a toutes les cinq minutes » (Fatima, Schaerbeek)

« Il y a eu beaucoup de changements ces dernières années. Certaines lignes n’existent plus, il faut changer plus souvent de transport pour arriver à destination… et ceci décourage en particulier les personnes plus âgées à aller au centre ville car elles perdent trop de temps dans le transport. » (Nadia, Laeken)

Revendications issues des ateliers

- Une priorité au réseau de métro et/ou une amélioration des conditions proposées dans les autres transports en commun
- La construction d’abris efficaces et leur entretien dans toutes les stations pour une meilleure protection contre les intempéries et plus de sécurité (avec notamment une augmentation du nombre de places assises pour mieux supporter les temps d’attentes parfois très longs)

4. INSALUBRITÉ & INSÉCURITÉ

Constat

Certaines stations de métro ne sont pas sécurisantes (mal éclairées ou trop peu peuplées à certaines heures, etc) et leur propreté laisse à désirer. Même constat à l’intérieur des transports. Un certain nombre des femmes rencontrées se sont plaintes d’un problème de compréhension et de clarté des indications (exemple : la gare de l’Ouest) dans les espaces publics et de l’absence de logique (métro Simonis-Simonis), ainsi que du manque de visibilité de certains arrêts qu’il faut parfois chercher longuement dans les rues. Elles ont également constaté que certains escalators sont plus souvent défectueux que d’autres et que les entretiens d’escalators en état de fonctionner se font aux moments des heures de pointe, en pleine journée et durant la semaine.

Revendications issues des ateliers

- Une simplification et une meilleure visibilité des informations relatives au réseau des transports en commune de manière à les rendre compréhensibles pour tou.te.s, quels que soient l’âge, la langue, le niveau d’instruction (en utilisant plus de lumière, de couleurs, d’idéogrammes, en installant des plans de quartier détaillés à l’intérieur des stations de métro et des arrêts de bus/tram, etc
- L’engagement de stewards et d’hôtesses pour renseigner les usagers dans les stations de métro
- Amélioration de la visibilité des arrêts de tram/bus (de loin)
- Planification des réparations des escalators en dehors des moments de grande utilisation (le weekend end par exemple)

5. COÛT DES ABONNEMENTS

Constat

Malgré les nombreuses réductions offertes sous certaines conditions, les abonnements aux lignes de transport en commun restent coûteux pour les personnes démunies qui ne remplissent pas forcément toutes ces conditions. Ce n’est pas parce qu’on a un travail, qu’on est forcément plus riche ! « Les abonnements sont très chers. Et quand il en faut pour toute la famille, ça peut faire un fameux trou dans le budget. » (Fatma, schaerbeek)

Revendications issues des ateliers

- Des tarifs préférentiels réalistes pour les personnes en situation de précarité (personnes âgées, jeunes, familles, etc)
- Une meilleure information des réductions accordées et des démarches à effectuer à destination des personnes issues de l’immigration
- Une réduction des prix des abonnements ou une tarification basée sur le niveau des revenus
- La gratuité des transports en commun pour tous les étudiants jusqu’à la fin des études

6. BRUXELLES NON ADAPTÉE AUX VÉLOS

Constat

Bien que les politiques actuelles accordent plus d’importance à l’utilisation du vélo en ville, que des formations (encore trop peu nombreuses cependant) pour apprendre à conduire un vélo sont proposées aux femmes, que certaines d’entre elles font preuve d’un réel engouement pour ce mode de transport qui, ne l’oublions pas reste malgré tout occasionnel (car il est difficile de transporter courses ou enfants en bas âge sous la pluie en plein hiver !), toutes les femmes rencontrées qui utilisent (ou s’apprêtent à utiliser) le bicycle sont d’accord pour dire que Bruxelles reste une ville dangereuse pour les cyclistes et qu’il n’y a pas assez de pistes cyclables bien sécurisées.

Revendications issues des ateliers

- Augmentation du nombre de formations destinées aux femmes désireuses d’apprendre l’utilisation du vélo ;
- Amélioration et agrandissement du réseau des pistes cyclables

« On a parfois la chance de trouver un emploi mais c’est très loin et l’accès en transport est difficile. Ce n’est donc pas un choix réaliste. » (Fatima, Caleidoscoop)