Le 28 mai 2026, Amazone, l’Université des femmes et RoSa organisent, avec le soutien de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, une journée d’étude sur le sexisme et le racisme en politique. Cette journée sera consacrée à la façon dont les représentant·es politiques vivent le sexisme et le racisme dans leur milieu.
Sexisme et racisme : des formes intersectionnelles de discrimination
Les inégalités s’expriment souvent sous diverses formes et par des mots différents. En guise d’introduction, rappelons brièvement ce que nous entendons par chacune de ces notions :
- Stéréotypes : Les stéréotypes sont des représentations simplifiées attribuant à l’ensemble des membres d’un groupe des caractéristiques supposément uniformes, sans tenir compte de la variabilité individuelle. Ils opèrent un transfert automatique de ces représentations collectives vers les individus, indépendamment de leur réalité propre. Supposer que les femmes seraient naturellement plus empathiques, ou les hommes plus enclins à s’affirmer, en sont des exemples typiques. Ces schémas de pensée constituent souvent le fondement des traitements inégalitaires.
- Discrimination : La discrimination désigne un traitement défavorable et injustifié appliqué à des individus sur la base de caractéristiques personnelles. Elle s’appuie fréquemment sur des stéréotypes : c’est parce qu’on prête à une personne les attributs supposés de son groupe d’appartenance qu’on lui réserve un traitement dégradé. Il est important de noter que la discrimination n’exige pas d’intentionnalité explicite pour produire des effets réels — les discriminations indirectes, c’est-à-dire des règles ou pratiques neutres en apparence mais dont l’effet est défavorable à certains groupes, en sont la démonstration.
- Sexisme : Le sexisme est une forme de discrimination fondée sur le sexe ou le genre, dont les femmes, les filles et les minorités de genre sont les principales victimes. Il peut prendre des formes hostiles et explicites, mais aussi des formes plus diffuses, comme des pratiques institutionnelles qui désavantagent structurellement certains groupes.
- Racisme : Le racisme est une discrimination fondée sur des caractéristiques perçues comme marqueurs d’appartenance à un groupe — origine géographique, culture ou couleur de peau. Il est important de préciser que la « race » est ici une construction sociale : ce ne sont pas des différences biologiques objectives qui fondent le racisme, mais la signification sociale et hiérarchisante que l’on attribue à ces caractéristiques. Le racisme opère à l’échelle interpersonnelle, mais aussi institutionnelle et structurelle, affectant systématiquement les personnes racisées dans leur accès aux droits et aux ressources.
- Intersectionnalité : Les différentes formes de discrimination ne peuvent s’analyser isolément. Le concept d’intersectionnalité, développé par la juriste et chercheuse Kimberlé Crenshaw à la fin des années 1980, désigne la manière dont plusieurs axes de domination — genre, race, classe, handicap, orientation sexuelle, etc. — se croisent et interagissent pour produire des expériences spécifiques. Une femme noire n’est pas simplement exposée au sexisme et au racisme de manière additive : elle fait face à des formes de discrimination qui lui sont propres, que ni l’analyse du genre seul, ni celle de la race seule, ne permettent de saisir pleinement.
Le champ politique est particulièrement perméable aux stéréotypes de genre. Historiquement, la politique est associée aux hommes et à la masculinité, tandis que les femmes sont plus souvent associées à la sphère privée. La politique est associée au pouvoir et aux rapports de force, où le leadership est souvent lié à des qualités telles que la force, l’assertivité et parfois même l’agressivité — des caractéristiques traditionnellement perçues comme masculines. Ces stéréotypes de genre peuvent malheureusement déboucher sur du sexisme, les femmes étant traitées différemment des hommes. Le racisme est également un problème fréquent en politique, les politicien·nes racisé·es étant davantage exposé·es aux réactions haineuses et à la discrimination que leurs collègues blanc·hes.
Les réactions sexistes (en ligne)
Les attitudes et comportements sexistes concernent en premier lieu le genre d’une personne. Bien que les hommes puissent également y être confrontés, ce sont surtout les femmes qui en font l’expérience. Une combinaison de facteurs entre souvent en jeu, comme l’origine ethnique et l’âge. Ainsi, une jeune femme racisée peut être plus fréquemment confrontée au sexisme, aussi bien en ligne, dans l’espace public que dans les institutions politiques comme le parlement. Le racisme et le sexisme sont donc souvent liés, et se renforcent mutuellement.
En 2024, l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes a mené une recherche sur ce phénomène, à l’occasion des élections. Des réactions en ligne adressées à des représentant·es politiques ont été analysées, et des entretiens ont été réalisés pour comprendre comment les politicien·nes vivent les attitudes sexistes. Les résultats ont montré que les candidates reçoivent plus de réactions négatives que leurs collègues masculins, et que ces réactions ont par ailleurs souvent un ton résolument négatif. Lorsqu’elles sont de nature sexiste, elles portent fréquemment sur l’apparence physique, contiennent des insultes liées au genre ou font référence à des stéréotypes de genre.
La recherche montre en outre que certains groupes de femmes sont plus souvent ciblés par des remarques sexistes. Les jeunes femmes reçoivent ainsi nettement plus de réactions négatives que les candidates plus âgées. La visibilité joue également un rôle : plus une femme politique est connue, plus le risque de réactions négatives est élevé. Les femmes qui assument un rôle politique affirmé ou adoptent une position marquée suscitent davantage de réactions négatives que lorsqu’elles partagent des messages plus personnels sur les réseaux sociaux.
Les médias contribuent également au sexisme lorsqu’ils couvrent des sujets politiques. Les femmes politiques apparaissent moins souvent dans les actualités, malgré leur présence et leur rôle croissants. Lorsqu’elles sont mentionnées, l’accent est plus souvent mis sur leur genre que pour leurs collègues masculins, et des descriptions stéréotypées sont régulièrement utilisées, comme la mise en avant de qualités prétendument « bienveillantes ». Par ailleurs, une séparation thématique est clairement observable : les femmes apparaissent plus souvent dans les reportages sur l’éducation et la santé, tandis que les hommes dominent dans les actualités relatives à la défense et à l’économie.
Les effets de la discrimination
La présence du sexisme dans le monde politique a des conséquences variées, tant pour les représentant·es politiques actuel·les que pour les potentiel·les futur·es candidat·es. Les femmes politiques confrontées à des remarques sexistes indiquent souvent devoir adapter leur comportement pour éviter ce type de réactions. Elles évitent certains sujets ou mettent au contraire l’accent sur d’autres, adaptent leur style vestimentaire ou évitent des activités comme le tractage, parce qu’elles se sentent en danger. Par ailleurs, l’étude d’Anne van Bavel de 2022 montre que d’autres femmes peuvent être amenées à se décourager lorsqu’elles observent ces comportements et traitements sexistes dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Comment y remédier ?
Le sexisme reste solidement ancré dans la politique et touche avant tout les femmes politiques, avec des conséquences claires sur leur comportement et leurs opportunités. Cette problématique est renforcée par les stéréotypes de genre, la manière dont les médias représentent les personnalités politiques et le manque de soutien institutionnel. Des changements structurels sont donc nécessaires pour remédier à cette inégalité. Mais est-ce si simple ? Au niveau institutionnel, il est difficile d’agir rapidement. Se porter candidat·e en politique n’est en effet pas considéré comme une profession à part entière. En conséquence, les politicien·nes en devenir ont peu ou pas de possibilités de s’opposer aux propos sexistes par des voies formelles. Seuls les représentant·es politiques expérimenté·es peuvent tenter de prendre des mesures, par exemple via des procédures disciplinaires au parlement. Les représentant·es politiques qui combinent leur engagement avec un autre emploi se retrouvent souvent sans recours. De plus, peu d’éléments prouvent que les partis eux-mêmes interviennent, ce qui donne aux représentant·es politiques le sentiment d’être seul·es face au problème. Le sexisme est certes un problème structurel, mais sa prise en charge est souvent laissée à l’individu.
Jessie Baerts
Stagiaire Amazone

