Le validisme au prisme du genre

Photo par Chona Kasinger pour le projet Disabled And Here.

Du 18 au 19 septembre 2026, Amazone organise son festival annuel, les Journées Féministes, qui portera cette année sur le thème de la santé des femmes et des minorités de genre. Nous choisissons cette occasion pour visibiliser les violences validistes auxquelles certaines personnes sont confrontées, des violences trop souvent invisibilisées, y compris au sein des luttes féministes elles-mêmes.

Qu’est-ce que le validisme ?

Le validisme, aussi appelé capacitisme ou handicapisme, désigne l’ensemble des discriminations et des violences subies par les personnes en situation de handicap. Le handicap peut être moteur, sensoriel, cognitif, psychique ou lié à une maladie chronique, et n’est donc pas toujours visible.

L’oppression validiste ne se limite toutefois pas à des préjugés individuels, mais elle s’inscrit dans un système social capitaliste qui hiérarchise les corps et les capacités selon des normes de performance et de productivité. Ainsi, l’idéal de santé et d’absence d’infirmité érige les personnes non-handicapées en modèle de référence, tout en marginalisant celles qui ne correspondent pas à ces normes.

Ainsi, les personnes en situation de handicap sont confrontées à des stéréotypes discriminants, mais également à des violences institutionnelles qui découlent d’un environnement avant tout pensé pour les personnes non-handicapées. Les politiques publiques, notamment en matière d’éducation, d’aménagement urbain et d’accès aux services, prennent encore insuffisamment en compte les personnes en situation de handicap, contribuant à des situations d’exclusion ainsi qu’à des formes de dépendance qui les précarisent et les vulnérabilisent davantage face à la violence.

La lutte contre le validisme : un bref historique

Les mouvements antivalidistes émergent d’abord aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Suède grâce aux Disability Studies dans les années 80. Dans un contexte où le handicap est encore largement perçu comme un problème individuel, ce courant propose de le penser comme une affaire sociale et politique, à l’image du slogan féministe des années 70 “le privé est politique”. Les chercheur·euses des Disability Studies analysent le handicap comme une construction sociale résultant d’une société handicapante et inadaptée pour les individus ne correspondant pas aux normes de santé.

Le terme anglophone ableism apparaît alors pour dénoncer le caractère systémique des oppressions subies par les personnes handicapées. Sa traduction française validisme, émerge quant à elle en France en 2004, suite au manifeste La culture du valide (occidental) du chercheur handi Zig Blanquer.

Les femmes et les minorités de genre en première ligne face au validisme

Le validisme ne touche pas tous les individus de la même manière. Il est nécessaire d’adopter une approche intersectionnelle, comme théorisée par la juriste Kimberlé Crenshaw, afin de comprendre comment les différents systèmes de domination (tels que le sexisme, le racisme, le classisme ou encore le validisme) s’articulent et se renforcent mutuellement. Les femmes et les minorités de genre en situation de handicap se trouvent ainsi à l’intersection de plusieurs formes d’oppression, ce qui accroît leur exposition aux violences et aux discriminations.

Le sexisme et le validisme reposent sur des mécanismes similaires de hiérarchisation des corps et des vies, entre ceux des dominant·es et des dominé·es. Ils se manifestent tous deux par une infériorisation, voire une infantilisation, un contrôle des comportements et des corps, une précarisation qui renforce la dépendance, ainsi qu’une exclusion de certains espaces sociaux.

Dans ce contexte, les femmes et minorités de genre handies sont davantage exposées aux violences sexistes et sexuelles. La dernière enquête européenne sur la violence à l’égard des femmes et d’autres formes de violence interpersonnelle rapporte qu’en Belgique, en 2021-2022, 56,3% des femmes en incapacité de travailler en raison d’un handicap ou d’un problème de santé durable ont subi des violences psychologiques, contre 29,9% dans la population féminine générale. Elles sont également 41,2% à déclarer des violences physiques, contre 14,4% pour l’ensemble des femmes. Concernant les violences sexuelles commises par un partenaire, elles sont 24,3%, soit un taux quatre fois plus élevé que celui observé chez les femmes en emploi. Ces chiffres restent toutefois sous-estimés en raison de sous-déclaration des violences et d’un manque d’accès aux dispositifs de signalement.

Cette surexposition s’explique notamment par des situations de dépendance physique, économique et sociale qui compliquent la sortie des violences, mais aussi des obstacles institutionnels qui persistent, comme des dispositifs de plaintes peu accessibles, un manque de formation du personnel aidant ou encore des outils de prévention et de sensibilisation inadaptés aux différents types de handicap.

Il est donc plus que nécessaire de prendre en compte les différentes réalités vécues par les femmes et les minorités de genre en situation de handicap, et de leur garantir un accès effectif à l’autonomie financière ainsi qu’à la protection face aux violences.

Vos prochains rendez-vous féministes

  • Le 18 et 19 septembre 2026, Amazone organise ses Journées Féministes sur le thème de la santé des femmes et des minorités de genre. Au programme : des ateliers, des conférences et des projections autour de thématiques comme la grossophobie, la santé mentale, la lutte contre le validisme, la maternité des femmes migrantes et bien plus encore.
  • Du 26 novembre au 6 décembre 2026, la Ville de Bruxelles organise la Semaine des Handicaps avec une série d’activités accessibles pour se rencontrer et échanger sur la visibilisation des personnes en situation de handicap.
  • Le 29 novembre, la plateforme Mirabal organise la manifestation annuelle contre les violences faites aux femmes avec un parcours entièrement accessible, afin de dénoncer les violences de genre et réaffirmer le besoin de politiques de protection pour toutes les femmes.

Ressources

  • Êtes-vous en danger immédiat ? Appelez le numéro d’urgence 112 pour contacter les autorités locales.
  • Vous souhaitez vous éloigner immédiatement d’une situation de violence ? En composant le numéro gratuit et anonyme 02/349.44.22, vous pouvez faire appel 24 h/24 et 7 j/7 à un chauffeur professionnel qui vous conduira gratuitement vers un lieu sûr. Vous trouverez plus d’informations ici.
  • Un violentomètre adapté selon les principes du Facile à Lire et à Comprendre (FALC) a été créé par Le Centre de Ressources Handicaps et Sexualités et l’Heureux Abri afin de rendre accessible cet outil de sensibilisation aux violences sexistes et sexuelles (violentomètre-dépliant) (violentomètre-mini)
  • Vous souhaitez vous informer sur la vie affective, relationnelle et sexuelle des personnes en situation de handicap ? Vous pouvez consulter le Centre de Ressources Handicaps et Sexualités (Centre de Ressources Handicaps et Sexualités)
Image de Théa Bacouel

Théa Bacouel

Stagiaire Amazone

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