31 mars : Journée internationale de visibilité transgenre

Le 31 mars, c’est la Journée internationale de visibilité transgenre. C’est une journée dédiée à la célébration des personnes trans, à la sensibilisation et à la reconnaissance de leur importance dans la société.

Cette journée a été créée pour la première fois aux États-Unis le 31 mars 2009 par Rachel Crandall Crocker, une militante qui souhaitait mettre en lumière les personnes trans sous un angle positif. Alors qu’il n’existait auparavant que la Journée du souvenir transgenre — une journée commémorative en hommage aux victimes de violences transphobes —, Crandall Crocker voulait mettre l’accent sur la force et la vitalité de la communauté trans. Le 31 mars est ainsi une journée de fierté, de solidarité et de visibilité.

L’affaire Wijnen

La Journée internationale de visibilité transgenre est également célébrée en Belgique. L’histoire des personnes trans en Belgique est un récit de résilience et de progrès. L’un des moments les plus précoces et les plus déterminants fut l’affaire Wijnen. En 1967, Peggy Wijnen subit une opération qui, selon les historien·nes, fut la première opération belge de transition d’homme à femme*. Peu après l’opération, Peggy décéda. La justice belge fut informée de cette intervention et souhaita poursuivre les médecins impliqué·es, mais en 1969, ceux-ci et celles-ci furent acquitté·es. Ce procès posa les bases du cadre légal permettant les interventions médicales pour les personnes trans en Belgique — une étape décisive dans la reconnaissance de leurs droits. Cela dit, il fallut encore longtemps avant que les opérations de transition deviennent plus courantes.

Il est essentiel de rappeler que la transition est un processus pluriel et profondément personnel. Elle peut être sociale (changer de prénom, d’expression de genre, de pronoms), légale (modifier son état civil), médicale (hormones, chirurgies) — ou n’être rien de tout cela. Un parcours d’affirmation de genre peut comporter différentes étapes : la transition sociale, la transition légale et la transition médicale. Chaque personne trans est la mieux placée pour définir ce dont elle a besoin. Ce n’est pas à la société, ni au corps médical, ni à l’État de décider à sa place.

Évolution

Depuis lors, de nombreuses avancées ont été réalisées. Dans les années 1980, une première équipe spécialisée en genre fut créée en Belgique. Par ailleurs, dès 1980, les personnes trans commencèrent à s’organiser au sein des premières associations trans. Au fil des années, de plus en plus de groupes virent le jour, autour d’enjeux médicaux ou non, renforçant ainsi la communauté et sa résilience. Au sein des mouvements LGBTQIA+, une attention croissante fut également accordée aux personnes trans et à leurs besoins.

Sur le plan légal, la Belgique a accompli de nombreuses avancées. La loi de 2017 réformant des régimes relatifs aux personnes transgenres a facilité la procédure de modification de l’état civil en supprimant les exigences médicales, notamment de stérilisation et de diagnostic psychiatrique. Une personne souhaitant changer de mention de sexe à l’état civil ne doit donc plus faire état d’un diagnostic médical, ni prouver avoir subi une opération de stérilisation préalable. La reconnaissance légale de l’identité de genre en Belgique est désormais uniquement basée sur l’autodétermination personnelle. Depuis la loi du 20 juillet 2023, les personnes trans peuvent modifier plusieurs fois leur genre et leur prénom selon la même procédure. Ce sont des victoires arrachées de longue lutte, portées par des militant·es et des associations.

Cette évolution positive se poursuit aujourd’hui, malgré un contexte difficile. Le nombre de centres spécialisés en transition de genre en Belgique est passé de deux à six, ce qui signifie que de plus en plus de personnes reçoivent les soins et le soutien dont elles ont besoin. De plus, un record a été établi : 748 personnes ont modifié leur genre sur leurs documents d’identité. Ce sont souvent des jeunes de moins de 25 ans qui franchissent ce pas — un signe que la jeune génération éprouve de plus en plus de liberté et d’espace pour être elle-même.

En matière de discrimination, la « Loi Genre » (loi du 10 mai 2007, modifiée en 2023) interdit toute discrimination fondée sur l’identité de genre, l’expression de genre et la transition, considérant ces actes comme des infractions punissables. Cette loi couvre le harcèlement, la discrimination directe et indirecte. La transphobie est donc illégale en Belgique.

Quelles réalités au quotidien ?

Les avancées législatives sont réelles et importantes. Mais les lois ne changent pas les mentalités du jour au lendemain. Pour beaucoup de personnes trans en Belgique, le quotidien reste marqué par de multiples discriminations et agressions, physiques notamment, dans des sphères aussi fondamentales que le travail, le logement, les soins de santé ou l’espace public. 

La dernière étude de l’Institut pour l’égalité entre les femmes et les hommes (2025) rapporte que 83,7% des personnes trans et non-binaires interrogées ont été victimes de discrimination au cours des 2 dernières années. La RainbowHouse indique que selon plusieurs études, 50 à 90% des personnes trans feront dans leur vie face à du harcèlement lié à leur identité de genre et au moins 25% seront victimes d’agressions. Ces violences ont aussi des conséquences profondes sur la santé mentale : à l’échelle mondiale, le risque de suicide est trois fois plus élevé pour les personnes trans que pour le reste de la population. 

À cela s’ajoute un contexte global préoccupant : le mouvement anti-genre, qui tend à remettre en question l’existence même des personnes trans, prend de l’ampleur, notamment par le biais des réseaux sociaux. Ces discours alimentent un climat transphobe et banalisent les comportements haineux.

Construire ensemble

Face à cette situation, la Journée internationale de visibilité transgenre est donc plus que jamais une journée à célébrer. C’est un moment pour reconnaître la force et le courage des personnes trans dans notre société, et pour construire ensemble un monde où chacun·e peut réellement être soi-même, sans discrimination ni violence.

Articles similaires

Retour en haut